Biologie de l’habitat : une maison saine et agréable à vivre.

Thierry Noben architecte 001

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Si la tendance de l’habitat écolo semble se cantonner aux performances énergétiques, la biologie de l’habitat va plus loin. Un idéal qui met le bien-être des habitants au centre des préoccupations architecturales. Au risque de tomber dans l’obscurantisme?

Olivier Tasch
- otasch@le-jeudi.lu

Biologie de l’habitat ? De but en blanc on pense matériaux écologiques, sains. Certes.

Mais en premier lieu, il est question de «géobiologie». Il s’agirait de scruter les lieux pour y déceler une faille ou un cours d’eau souterrain, «on parle de pathologies du terrain», explique l’architecte Thierry Noben. Lesquelles peuvent avoir «des répercussions sur les habitants. L’étude du terrain consiste surtout à éviter que les habitants ne se retrouvent à l’aplomb de ces problèmes».

L’impact du sous-sol a, de tout temps, intéressé les bâtisseurs. Un exemple souvent repris est celui de la cathédrale de Chartres dont l’autel a été placé au point de rencontre de 14 courants d’eau souterrains. Croyances moyenâgeuses ou intérêt architectural?

Plus près de nous, le mouvement de la «Baubiologie» né en Allemagne dans les années 60 s’est constitué autour de 25 règles d’inspiration écolo et humaniste dont la première est le choix d’un site de construction sans perturbation naturelle ni artificielle.

La plupart des préceptes de la «Baubiologie» semblent aujourd’hui d’une logique implacable et les constructions écolos tendent ainsi vers les principes de la «baubiologie». A savoir la réduction maximale de moisissures, bactéries, poussières et allergènes, une eau potable de la meilleure qualité possible ou encore la minimalisation de la consommation d’énergie avec une large utilisation de sources d’énergie renouvelable.

Pour ce qui est des perturbations artificielles, la problématique prend tout son sens avec la multiplication des sources de champs électromagnétiques, circuits électriques, gsm, wifi. Champs auxquels nous sommes soumis en permanence et dont l’impact sur la santé est controversé.

Si l’Organisation mondiale de la santé évoque à ce sujet une sensibilité «présumée» aux champs électromagnétiques, peu d’Etats ont pris des mesures face au problème. Pour l’heure, en Europe, seuls la Suède et le Royaume-Uni reconnaissent un statut officiel à l’«électrosensibilité» sans toutefois lier celle-ci aux champs magnétiques. Il n’y a que dans les Etats américains du Colorado, du Connecticut et de Floride que ce lien est reconnu.

Thierry Noben applique, pour sa part, le principe de précaution. Il estime que le problème «le plus fréquent se situe dans la chambre parce qu’on y passe beaucoup de temps. On est allongé, au repos, moins vigilant et donc attaqué par le problème. Une lampe de chevet et un radioréveil avec une alimentation électrique permanente alors qu’on dort à trente centimètres, ça perturbe»!

Il existe ainsi des solutions techniques pour couper ces champs électriques qui ne sont pas nécessaires. «J’utilise des interrupteurs qui coupent entièrement le circuit sur le tableau électrique». Pour l’architecte, «le grand problème d’ésotérisme lié aux champs magnétiques, c’est qu’il y a quelques années on ne savait pas mesurer cela. Maintenant les mesures sont là».

«Les attardés de mai 68»

Et quand on parle d’ésotérisme, rapidement le feng shui fait surface. Pour Thierry Noben, le feng shui fait en quelque sorte partie de la biologie de la maison. «C’est vrai qu’il y a parfois le blabla des attardés de mai 68 avec la petite pâquerette dans la bouche, mais le vrai feng shui oriental à un sens logique. Il faut faire la part des choses.»

Ainsi la logique de la construction bioclimatique, qui veut qu’une habitation s’implante en fonction du terrain, respecte les principes feng shui. «Ils diffèrent selon que l’on se trouve dans un pays chaud ou froid. Dans le premier, on ferme côté sud. Chez nous c’est le contraire.

Pour nous les architectes, c’est pour ainsi dire inné. Quand on construit bien en architecture, cela respecte le feng shui, tout simplement parce que l’on construit de façon harmonieuse, logique et que c’est beau. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille tout faire en fonction du feng shui. D’ailleurs, je n’oriente pas les gens vers cela, je ne suis pas là pour endoctriner les gens. Ma vie et mes goûts ne sont pas ceux de mes clients, je suis là pour répondre à leurs souhaits. Le but, c’est de faire une maison saine, qui fonctionne bien et est agréable à vivre. C’est ça la biologie de l’habitat

Une maison saine, cela passe aussi par le choix des matériaux. Thématique qui, pour le coup, n’est pas sujette à débat.

«Cela paraît logique de choisir des matériaux sains, des peintures sans solvants, des colles sans formaldéhyde».

Pour l’isolation, Thierry Noben bannit la laine de roche ou de verre de ses chantiers. «Lors de la pose, des particules nocives sont libérées et vont se loger dans les poumons des ouvriers. D’aucuns disent que les plaques de plâtre vont couvrir cela, le tout va se noyer dans la toiture et qu’au final ce n’est pas gênant pour les habitants. Certes, mais là encore, je préfère prévenir que guérir et privilégier le confort des ouvriers. Il faut ainsi favoriser la laine de bois qui présente une plus grande inertie et offre un meilleur confort en été notamment.»

Même principe de précaution pour les plâtres qui sont choisis «sans radioactivité» ou pour les meubles en kit qui émanent «des solvants qui restent dans une chambre pendant plusieurs années». Sans parler des produits nocifs souvent utilisés pour la vitrification du parquet. «Quand un produit est plus sain qu’un autre, on l’utilise systématiquement. Quand on sait ça, on ne peut pas travailler autrement, sinon on est un assassin. Si on sait que c’est nocif et qu’en plus on peut le faire autrement, il faut le faire.»